Quel cours et quelle eau ? Ce sont les questions que se pose la
Mairie de Paris, qui a décidé de découvrir une partie de la Bièvre, le
seul affluent de la Seine qui coule dans la capitale, d'ici à 2007, avant
la fin du mandat de Bertrand Delanoë.
C'est aussi l'objet de la
concertation qui a été lancée jeudi 7 novembre, à l'occasion d'une
réunion publique dans le 13e arrondissement. Pour Myriam Constantin,
adjointe (PS) au maire de Paris, chargée de l'eau et de l'assainissement,
il s'agit de "rendre une partie de cette rivière mythique aux habitants
du sud de la capitale qui l'emportent dans leurs rêves".
Si l'idée est séduisante, et courait déjà dans les bureaux de l'Hôtel
de Ville du temps de Jean Tiberi, elle se révèle difficile à mettre en
œuvre. La Bièvre, petit cours d'eau de 36 km de long, a connu un sort
funeste. Elle avait été transformée, au fil des siècles, en collecteur
d'eaux usées, pratiquement depuis sa source, à Guyancourt, dans les
Yvelines. Une dalle l'avait même fait disparaître sur 11 km, entre
Antony (Hauts-de-Seine) et la capitale, où elle est réduite au rôle
d'égout. A Paris, après avoir alimenté les moulins, les tanneries et les
teintureries, au Moyen Age, la Bièvre est désormais reliée au réseau
d'assainissement des 13e et 5e arrondissements.
PARCOURS HISTORIQUE
Après la guerre, les élus d'une dizaine de communes en amont,
regroupées au sein du Syndicat intercommunal pour l'assainissement de la
vallée de la Bièvre (SIAVB), ont pris conscience de l'intérêt de faire
revivre cette rivière. S'appuyant sur la nécessité de lutter contre les
inondations, ils ont obtenu la création d'un système de régulation, ainsi
que d'un réseau destiné à la préserver des rejets d'eaux usées ou
polluées. Avec, pour résultat, l'aménagement et la remise à l'état presque
naturel d'une partie de la rivière sur 17 km. L'action du SIAVB a
permis de mettre récemment au jour un nouveau tronçon à
Verrières-le-Buisson, dans l'Essonne.
Il était difficile pour la municipalité parisienne, où les écologistes
ont fait une entrée en force en 2001, de rester à l'écart de ce mouvement.
D'autant que, dans la capitale, les partisans de la renaissance de la
Bièvre se retrouvent à plusieurs centaines, chaque année, pour remonter à
pied, pendant toute une nuit, la rivière jusqu'à sa source. Mais cette
marche est l'occasion de vérifier que ces passionnés ne s'accordent pas
sur le parcours historique de la Bièvre dans Paris, où elle a été
canalisée à plusieurs reprises. C'est justement pour trouver un consensus
sur les futurs sites à ouvrir que la Mairie de Paris a lancé une
concertation. Elle propose actuellement de mettre au jour quatre
tronçons : parc Kellermann et poterne des Peupliers ; dans le
square René-Le Gall ; au pied de la manufacture des
Gobelins ; le long du Muséum d'histoire naturelle. Les élus parisiens
voudraient également reconstituer la confluence avec la Seine, au niveau
du port d'Austerlitz.
En revanche, la Mairie de Paris est bien embarrassée par la nature de
l'eau qui coulera sous les yeux des Parisiens. Dans cinq ans, la rivière
n'aura, en effet, pas pu être totalement dépolluée en amont de la
capitale. Selon le SIAVB, près d'une dizaine de "points de
pollution" n'auront pas disparu, et l'eau qui coulera dans Paris ne
sera pas propre. La Ville, qui a renoncé à la coûteuse solution de
construire une mini-station d'épuration à l'entrée de la Bièvre dans la
capitale, envisage donc de faire couler dans l'affluent des prélèvements
effectués dans le canal de l'Ourcq. "C'est vrai qu'il s'agit avant tout
d'une opération de l'ordre du symbole, reconnaît
Mme Constantin. Il s'agit de rendre un peu de leur histoire aux
Parisiens."
Christophe de Chenay